Sante Caserio – Ce fut mon coeur qui prit le poignard

Au moment où les derniers cavaliers de l’escorte passaient en face de moi, j’ai ouvert mon veston. Le poignard était, la poignée en haut, dans l’unique poche, du côté droit, à l’intérieur sur la poitrine. Je l’ai saisi de la main gauche et d’un seul mouvement, bousculant les deux jeunes gens placés devant moi, reprenant le manche de la main droite et faisant de la gauche glisser le fourreau qui est tombé à terre sur la chaussée, je me suis dirigé vivement mais sans bondir, tout droit au président, en suivant une ligne un peu oblique, en sens contraire du mouvement de la voiture. Continue reading “Sante Caserio – Ce fut mon coeur qui prit le poignard”

Je jure de venger par le verbe et par le sang, Evgenia Iaroslavskia-Markon

« Avertissement : ne soyez ni étonnés ni troublés par ma sincérité. En fait, je suis convaincue que la sincérité est toujours avantageuse pour l’homme car si noirs que soient ses actes et ses pensées, ils le sont beaucoup moins que ce qu’en pense son entourage…

Autre avertissement : je n’écris pas cette autobiographie pour vous, messieurs des services de police (si vous étiez les seuls à en avoir besoin, je n’aurais jamais commencé à l’écrire !) – j’ai simplement envie moi-même de fixer ma vie sur le papier. […] J’écris pour moi. Écrire pour falsifier la réalité, ça n’a aucun intérêt. D’autant plus que je n’ai rien à perdre. Voilà pourquoi je suis sincère. »

« Écrire pour falsifier la réalité, ça n’a aucun intérêt » nous dit Evguénia Iaroslavskaïa-Markon qui écrivit ces mots sur la première page de « Mon autobiographie ». Quelques pages seulement, écrites tandis qu’elle était détenue pour divers vols, peine qui fut aggravée pour son insubordination en prison, jusqu’à l’acte qui lui valut sa condamnation à mort : le jet d’une pierre sur la tempe du chef tchékiste qui commanda le peloton d’exécution de son mari.

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