Du Feu ! Du Sang ! Du poison ! Pacte avec la mort – Anarchistes à Marseille à la fin du XIXe siècle

À la fin du XIXe siècle, à Marseille comme ailleurs en France et en Europe, la pensée et l’action de certains anarchistes s’attaquaient farouchement aux régimes de toutes sortes qui, ces années-là, allaient se restructurer afin de maintenir l’ordre établi et de réduire au silence leurs ennemis déclarés.

Les histoires racontées ici n’ont rien à voir avec l’Histoire tracée par la domination et par l’académie qui la représente. Elles ne sont pas non plus un hommage fétichiste aux hommes et aux femmes qui en ont été les acteurs.

Ces histoires sont avant tout un message dans la bouteille qui a été cueillie et elles sont retranscrites avec une conviction ferme : le seul risque que nos idéaux ne peuvent pas se permettre de courir est celui de l’oubli. Un hommage donc, mais aussi un serment de feu et de sang avec ces compagnons d’antan pour que, voilà l’intention, d’autres perpétuent la pensée et l’action anarchistes, au-delà de notre présent.

Depuis l’introduction

Une longue et impressionnante liste d’hommes et de femmes se dressant contre le pouvoir. Une liste immense qui tourne autour de la ville de Marseille, lumineuse étoile du Midi de la France, qui encore aujourd’hui éblouit ses visiteurs avec le souvenir de ce qui s’y est déroulé au tournant du dix-neuvième et du vingtième siècle.

Journaux flamboyants d’appels à l’insurrection et à l’attaque, qui n’attendent pas « le  grand soir » qui pourrait très bien tarder à venir, renseignements précis sur la manière de fabriquer des engins explosifs en tous genres, directement à partir du TNT, ou en procédant à des compositions qui exigent une certaine précision et pas mal de connaissances dans l’emploi de divers matériaux. Puis les défis directs, lancés sans aucune retenue aux oppresseurs, des appels qui feraient trembler de tout leur être tellement de rédacteurs de journaux considérés aujourd’hui comme « incendiaires ».

C’était une autre époque, pourrait-on me répondre. C’est faux. C’était précisément l’époque des fameuses « lois scélérates », qui n’avaient qu’un objectif : interdire aux anarchistes de parler. C’était l’époque de la guillotine, du garrot, des pelotons d’exécution qui s’appliquaient avec rigueur en France, en Espagne, en Italie.

Et alors ? Étaient-ils pétris d’une autre pâte révolutionnaire, ces compagnons ? Non, sûrement pas. L’affrontement était plus apparent peut-être, plus cruel que celui que nous permet de voir une certaine politique récupératrice du pouvoir de notre temps, mais il suffit de prêter un peu d’attention, il suffit de gratter un tout petit peu sous le vernis de certains exploiteurs démocrates pour qu’apparaisse le massacreur.

Le livre que nous tenons entre les mains ne veut rien enseigner à qui que ce soit – ce n’est pas un manuel comme L’Indicateur Anarchiste, c’est un ouvrage plus complexe et plus courageux, qui prétend franchir les murailles de l’inconnu derrière lesquelles se cachent tant de compagnons qui ne se rendaient pas compte qu’ils laissaient des traces derrière eux. Sans cela, que signifieraient ces pages consacrées, avec autant de méticuleuses précisions, à retrouver des lieux et des personnages, des comités de rédaction et des déclarations de guerre dirigées contre un pouvoir féroce et assassin ?

La raison d’être de ces pages n’est pas le travail splendide et courageux de ces anciens compagnons, mais notre soif d’aujourd’hui.

Courage, compagnons, c’est un expropriateur qui rédige ces lignes. Reprenons nos équipements de toujours, récupérons ce qui nous appartient, fermons un instant les pages de ce livre, et passons à l’attaque.

Entende qui veut entendre.

Trieste, septembre 2020

Alfredo M. Bonanno


245 Pages/ format a5/ prix 10e (7 pour distro)